RDC : après le sommet de Nairobi, un nouveau pari sécuritaire pour Félix Tshisekedi ?

L’idée d’une force conjointe aux pays de la région des Grands Lacs a de nouveau été évoquée. Les chefs d’État ont lancé un processus politique pour faciliter les contacts avec les gro

22 avril 2022 à 17:31Par Romain GrasMis à jour le 22 avril 2022 à 17:31

Le président Uhuru Kenyatta avec le président Félix Tshisekedi à Nairobi, le 21 avril 2022. © PSCU

Pour la deuxième fois en moins de quinze jours, plusieurs chefs d’État de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) se sont retrouvés à Nairobi ce 21 avril pour parler de la sécurité dans la région des Grands Lacs. Le casting était quasiment le même que lors de la précédente rencontre, le 8 avril dernier.À LIREGrands lacs : Félix Tshisekedi sous la pression des Nations unies

Félix Tshisekedi, son homologue ougandais Yoweri Museveni, le kényan Uhuru Kenyatta était à nouveau présents. Le président burundais, Evariste Ndayishimiye, avait cette fois été convié tandis que le Rwandais Paul Kagame, présent à la précédente réunion, s’est fait représenter par son ministre des Affaires étrangères, Vincent Biruta.

Tension régionale

La lutte contres les groupes armés dans l’Est de la RDC a été au cœur de cette nouvelle rencontre qui s’est conclue par l’adoption de plusieurs mesures. Le communiqué final a notamment annoncé le lancement d’un « processus politique » mené par Uhuru Kenyatta afin de « faciliter les consultations entre la RDC et les groupes armés locaux ».À LIREM23 en RDC : pourquoi la tension monte entre Tshisekedi, Kagame et Museveni

Dès ce 22 avril, une « réunion consultative » était censée se tenir au Kenya. « Tous les groupes armés » ont été invités mais aucune précision n’avait été fournie sur ceux d’entre eux prêts à prendre part à cette initiative. Félix Tshisekedi n’a finalement pas reçu les représentants de ces mouvements.

La porte-parole adjointe de Félix Tshisekedi, Tina Salama, a évoqué un « problème logistique » en précisant qu’ « une équipe congolaise restera sur place sous le leadership du président Uhuru Kenyatta pour faire aboutir le processus ».

Idée d’un dialogue

En marge de la première quadripartite du 8 avril, qui avait pour but la signature du traité d’adhésion de la RDC à l’EAC, une discrète réunion s’était tenue, à huis clos et sans collaborateur, entre les quatre chefs d’État présents. Selon ses conclusions, révélées par Jeune Afrique, l’idée d’un dialogue avec les groupes armées, dont les M23, avait déjà été mise sur la table. Félix Tshisekedi s’était alors engagé à entamer des discussions « d’ici deux semaines ».À LIREAdhésion de la RDC à l’EAC : une victoire et des défis pour Tshisekedi

Défait militairement en 2013, le M23 ressurgit depuis novembre 2021 et multiplie ses attaques dans le territoire de Rutshuru (Nord-Kivu). Les raisons de ce regain d’activité demeurent incertaines, mais la reprise des combats a réveillé les suspicions d’un soutien du Rwanda au groupe armé.

Kigali nie fermement, mais ces accusations ont provoqué une réelle crispation entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda. C’est à la suite de ce regain de tension que les discussions entre les différents voisins, sous l’égide du Kenya, se sont intensifiées.

Discrète rencontre à Entebbe

Mais la méfiance demeure. Après s’être rapproché au début du mandat de Félix Tshisekedi, les relations entre la RDC et le Rwanda ont connu ces derniers mois quelques turbulences. La nouvelle coopération entre Kinshasa et Kampala, qui s’est notamment traduit par le lancement en novembre dernier d’une opération conjointe des armées congolaises et ougandaises contre les ADF, au Nord-Kivu et en Ituri, n’y est pas étrangère.

Selon nos informations, une première délégation, emmenée par le coordonnateur du mécanisme national de suivi de l’accord cadre d’Addis-Abeba (MNS), Claude Ibalanky, s’est rendue à Entebbe, en Ouganda, le 20 avril, à la veille du sommet de Nairobi. Le but de cette visite était d’échanger avec des membres du M23, dont le président du mouvement rebelle, Bertrand Bisimwa. Cette rencontre s’est déroulée grâce à la facilitation du président ougandais Yoweri Museveni.

Le MNS joue un rôle clé dans le dialogue avec les M23. C’est en effet cette structure qui était déjà chargée de suivre les négociations sur l’application de l’accord signé en octobre 2019, censé encadrer le rapatriement en RDC des contingents M23 présents au Rwanda. Aucune feuille de route de ce type n’a pour le moment été conclue avec le contingent présent en Ouganda.À LIRERDC-Rwanda : le rapport confidentiel des renseignements congolais sur les rebelles du M23

La perspective d’un tel dialogue avec les groupes armés est accueillie avec précaution par certains partenaires de la RDC, notamment dans le contexte de la mise en œuvre du nouveau programme de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR). Plusieurs chancelleries sont hostiles à l’idée d’une intégration des rebelles au sein de l’armée congolaise, comme cela a été le cas par le passé avec les membres d’autres groupes armés.

Tâtonnement stratégique

L’autre annonce majeure qui figure dans le communiqué du sommet de Nairobi est la mise en place « d’une force régionale pour aider à contenir et, le cas échéant, à combattre les forces négatives”. Les chefs d’État présents n’en ont pas précisé les contours. Ils ont simplement ajouté que cette coalition devrait être lancée immédiatement, et « sous la direction de la RDC », appelant au passage tous les groupes armés étrangers présents « à désarmer et à rentrer dans leur pays d’origine ».

Le président kényan Uhuru Kenyatta avec le président congolais Félix Tshisekedi, le président ougandais Yoweri Museveni, le président burundais Évariste Ndayishimiye et le ministre rwandais des Affaires étrangères Vincent Biruta. © PSCU
Le président kényan Uhuru Kenyatta avec le président congolais Félix Tshisekedi, le président ougandais Yoweri Museveni, le président burundais Évariste Ndayishimiye et le ministre rwandais des Affaires étrangères Vincent Biruta. © PSCU

L’idée d’une mutualisation des forces militaires des différents voisins de la RDC n’est pas nouvelle. En octobre 2019, l’ébauche d’un projet d’état-major conjoint avait fuité. En principe, il devait réunir les armées congolaise, burundaise, rwandaise et ougandaise pour lutter contre les groupes armés présents dans l’Est de la RDC. La crispation que ce projet a générée dans l’opinion congolaise et la rivalité entre les différents voisins, notamment entre le Rwanda et l’Ouganda, avaient, à l’époque, eu raison de cette initiative.

État de siège

La résurrection de cette initiative soulève des questions quant à la stratégie sécuritaire adoptée par la RDC. Alors que les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri vivent depuis un an sous état de siège, les critiques ne cessent de s’accumuler contre cette mesure censée ramener la paix dans ces deux provinces. Un projet de loi vient d’ailleurs d’être déposé par cinq députés pour lever cette disposition.

Reste désormais à connaître l’impact qu’aura la mise en place d’une telle force régionale sur le maintien ou non de l’état de siège et la façon dont elle pourra se conjuguer avec l’opération déjà en cours entre la RDC et l’armée ougandaise. Une nouvelle rencontre est prévue dans un mois pour évaluer les progrès effectués après ce sommet de Nairobi.

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