RDC – Rwanda : la discrète riposte diplomatique de Kigali

Trois jours avant la prise de la stratégique cité de Bunagana par le M23, Kigali a convoqué la chargée d’affaires congolaise au Rwanda pour dénoncer « l’agression » et les « provocations » de la RDC

14 juin 2022 à 13:14

Par Romain Gras et Stanis Bujakera Tshiamala

Mis à jour le 14 juin 2022 à 15:33

Le président rwandais Paul Kagame, à Kigali en 2021 © Paul Kagame/FLICKR

La tension ne faiblit pas entre Kinshasa et Kigali. Alors que les rebelles du M23 se sont emparés lundi 13 juin de la localité de Bunagana, un important carrefour pour le commerce transfrontalier entre la RDC et l’Ouganda, Kinshasa continue d’accuser le Rwanda d’être derrière « l’invasion » de son territoire.

Sur le terrain diplomatique, les tractations pour parvenir à une solution pacifique semblent marquer le pas. Plusieurs tentatives de dialogue ont pourtant eu lieu au cours des deux dernières semaines. L’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la région des Grands lacs, Huang Xia, s’est rendu à Goma et à Kigali. Le chef de l’État angolais, João Lourenço, médiateur désigné par l’Union africaine (UA), espère de son côté parvenir à organiser une rencontre entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi. Mais « les choses sont au point mort », assure un membre du premier cercle du président congolais.

De passage à Brazzaville le 13 juin, Huang Xia, qui a été reçu par le président Denis Sassou Nguesso, a malgré tout assuré que le processus de dialogue entre la RDC et les groupes armés allait bientôt reprendre, avec une troisième rencontre prévue « le 17 ou le 20 juin ». Il a également évoqué l’organisation « très prochainement » du sommet entre Félix Tshisekedi, Paul Kagame et João Lourenço.

« Propagande haineuse »

C’est dans ce contexte tendu que Kigali a convoqué dans la soirée du 10 juin la chargée d’affaires de l’ambassade de la RDC au Rwanda, Alice Kimpembe Bamba. Cette dernière a été reçue par Nshuti Manasseh, secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères.

Dans un courrier adressé dans la foulée au chef de la diplomatie congolaise, Christophe Lutundula, que Jeune Afrique s’est procuré, Alice Kimpembe Bamba explique que le diplomate rwandais lui « a fait part de la désapprobation de son gouvernement suite, d’après lui, aux bombardements à deux reprises [le jour-même], par les FARDC, du territoire rwandais ».

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Selon nos informations, Kigali a également envoyé une note à Kinshasa. Dans ce document, rédigé en français et en anglais, le ministère des Affaires étrangères rwandais dénonce « les constantes actions de provocation et d’agression de la RDC contre le Rwanda ». « Aujourd’hui 10 juin vers 11h55, deux roquettes BM21 de 122 mm lancées par les FARDC ont visé le village de Gasizi, dans la province du Nord », détaille la lettre.

Retraçant les « agressions » dont le Rwanda assure avoir été victime et « l’enlèvement » de deux de ses soldats récemment libérés grâce à la médiation angolaise, Kigali évoque aussi les « actes de hauts responsables gouvernementaux et de membres des organes de sécurité en RDC incitant la population à commettre des actes de violence contre le Rwanda et les personnes parlant le kinyarwanda en général ». Selon Kigali, « cela a déjà conduit à une propagande haineuse généralisée sur les réseaux sociaux et à des manifestations récurrentes contre le Rwanda ».

Quel rôle joue l’Ouganda ?

Le 31 mai, l’ambassadeur du Rwanda en RDC, Vincent Karega, avait pour sa part été convoqué par le ministère congolais des Affaires étrangères, qui avait affirmé détenir des preuves de l’implication de l’armée rwandaise aux côtés du M23, désormais considéré comme un mouvement terroriste par Kinshasa.

Selon nos informations, face à la puissance de feu des M23, des militaires congolais ont été contraints de se replier, pour certains en Ouganda. Dans l’entourage de Félix Tshisekedi, les interrogations se sont multipliées ces dernières heures sur la position de Kampala dans cette crise. Un proche du président, qui suit de près ce dossier, accuse ainsi les forces spéciales ougandaises d’avoir joué un rôle dans la chute de Bunagana.

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Un propos nuancé par une source sécuritaire congolaise au fait de la situation. Pour cette dernière, les troupes ougandaises se seraient retirées de la frontière avec la RDC, « où elles étaient présentes depuis plusieurs semaines dans le cadre de la sécurité transfrontalière, permettant ainsi l’intensification de l’intervention militaire rwandaise ».

Discrète depuis le début du conflit, l’Ouganda s’est engagée en novembre 2021 dans une opération conjointe avec l’armée congolaise contre les Forces démocratiques alliées (ADF) dans le Nord-Kivu et en Ituri. En parallèle, après une longue crise diplomatique, Paul Kagame et Yoweri Museveni ont entamé, sous l’impulsion du fils de ce dernier, Muhoozi Kainerugaba, un début de rapprochement ces derniers mois.

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