RDC : force régionale, M23… Les coulisses du huis clos tendu de Nairobi

Au moment où la tension entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame atteint son paroxysme, les chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est ont convenu de déployer une force régionale dans l’est de la RDC. Leur réunion a été houleuse.

23 juin 2022 à 15:28

Par Romain Gras et Stanis Bujakera Tshiamala

Mis à jour le 23 juin 2022 à 15:28

Lors de la réunion à huis clos de Nairobi, le 20 juin. © Twitter Presidency Rwanda.

Pour la troisième fois depuis le début du mois d’avril, le président kényan, Uhuru Kenyatta, avait convié, ce 20 juin, à Nairobi, ses homologues de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) afin d’évoquer la situation sécuritaire dans l’est de la RDC.

Félix Tshisekedi et Paul Kagame sont à couteaux tirés ces dernières semaines, le premier accusant le second de soutenir le M23, ce que Kigali nie fermement depuis le début de la crise. Alors qu’une médiation est en cours, sous l’égide de leur homologue angolais João Lourenço, les deux présidents ne s’étaient plus revus depuis le premier des trois conclaves de l’EAC, le 8 avril.À LIRERDC-Rwanda : « Kigali sert de bouc émissaire », selon Vincent Biruta

Ils se sont donc retrouvés dans la capitale kényane le 20 juin, en compagnie de plusieurs de leurs homologues de l’EAC, dont l’Ougandais Yoweri Musevenile Burundais Évariste Ndayishimiye et le Sud-Soudanais Salva KiirSamia Suluhu, la présidente tanzanienne, s’était fait représenter par son ambassadeur au Kenya. Leur huis clos a duré un peu plus trois heures.

Hostilité et réticences

La réunion s’est ouverte par une présentation du général kényan Robert Kariuki Kibochi, venu restituer les conclusions de la rencontre des chefs d’état-major des pays membres qui s’est déroulée à Nairobi la veille, le 19 juin, et qui visait à évoquer les modalités de mise en place d’une force régionale dans l’est de la RDC. C’est à l’occasion de cette première réunion que la mise à l’écart des troupes rwandaises de la future force régionale a été mise sur la table par le général Célestin Mbalachef d’état-major des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC). Cette question a ensuite constitué un point de tension majeur lors du sommet des chefs d’État.À LIRERDC – Rwanda : la discrète riposte diplomatique de Kigali

En effet, Félix Tshisekedi a eu à ce sujet des échanges houleux avec son homologue rwandais : il a refusé que l’armée de ce dernier, qu’il accuse de soutenir le M23, soit déployée dans l’Est. Selon nos informations, son refus d’intégrer les éléments de l’armée rwandaise s’est non seulement heurté à l’hostilité de Kigali, mais également aux réticences de l’Ouganda, qui a, selon deux membres de délégations présentes, mis en avant l’utilité de l’expertise rwandaise pour combattre les FDLR.

Soutenu de son côté par le Burundi et, de manière plus discrète, par le Kenya, la RDC a obtenu gain de cause. Si du côté de Kigali on assure que le Rwanda contribuera malgré tout à l’administration de la force, l’entourage du président Tshisekedi, chargé de ce dossier, assure que cette contribution n’ira pas au-delà d’un échange d’informations.

Déploiement à la fin de juillet

Le calendrier du déploiement de cette force fait encore l’objet de derniers ajustements, mais deux sources officielles congolaises évoquent une arrivée des premières troupes entre la fin du mois de juillet et le début du mois d’août. La durée envisagée pour l’opération est, pour le moment, de quatre mois. Concernant le format de cette mission, la piste privilégiée est celle d’une répartition par secteur. Selon plusieurs sources, l’Ouganda, déjà engagé dans une opération conjointe avec la RDC, aurait ainsi pour périmètre la zone de Beni et la province de l’Ituri, tandis que le Kenya enverrait ses éléments autour de Goma et du territoire de Rutshuru et que le Burundi interviendrait dans le Sud-Kivu. L’implication du Soudan du Sud est encore en discussion, mais un déploiement dans le Haut-Uélé est envisagé.À LIRERDC : pourquoi le dialogue entre Tshisekedi et les groupes armés vire au casse-tête

Seule la Tanzanie semble, pour le moment, hésitante. Déjà partie prenante au sein de la Brigade d’intervention de la force de la Monusco (FIB), le pays privilégierait, selon des sources onusiennes, le partage de renseignements plutôt que l’envoi de nouvelles troupes. Côté congolais, on assure que le déploiement tanzanien pourrait simplement être légèrement différé. En attendant, la RDC continue de redoubler d’efforts diplomatiques pour défendre sa position dans ce conflit. Félix Tshisekedi a notamment dépêché Serge Tshibangu en Afrique du Sud le 22 juin. Devenu central dans le dispositif sous-régional du président congolais depuis le lancement du processus de Nairobi, celui-ci a rencontré le président sud-africain Cyril Ramaphosa, dont les troupes contribuent à la FIB.

Résurgence du M23

Depuis le début du mois de novembre 2021, les combats entre le M23 et les FARDC se sont intensifiés, prenant ces dernières semaines une ampleur jusque-là jamais atteinte depuis la défaite de ces rebelles en 2013. Dans son rapport final, daté du 10 juin dernier, le groupe d’experts de l’ONU sur le Congo aborde la question de la résurgence du M23.À LIRERDC – Rwanda : Félix Tshisekedi et Paul Kagame peuvent-ils encore choisir la paix ?

Selon les éléments figurant dans ce rapport, « environ 100 à 200 combattants ont été impliqués lors des attaques menées entre novembre 2021 et janvier 2022 et au moins 400 ont été observés lors de l’attaque de Bunangana, le 29 mars 2022 ». Pour autant, précise le rapport, « à la suite d’une mission de vérification réalisée en décembre 2021, le Mécanisme conjoint de vérification élargi a précisé qu’il n’était toujours pas possible de savoir si la résurgence du mouvement était le résultat d’un quelconque soutien étranger ».

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