RDC: situation toujours tendue à Goma après les violences contre des rwandophones

Publié le : 22/06/2022 – 09:50

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La tension est devenue palpable entre la RDC et le Rwanda, après la mort d’un soldat congolais à la frontière avec le pays voisin. Ici, des habitants de Goma au passage de son corps, le 17 juin 2022. © Guerchom Ndebo / AFP

Texte par :RFISuivre

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Les violences de la semaine dernière sont toujours dans les esprits. En marge des manifestations dénonçant le soutien du Rwanda à la rébellion du M23, des églises ont été vandalisées et des commerces ont été pillés mercredi 15 juin. Depuis, les Rwandais, mais surtout les communautés congolaises soupçonnées d’être proches du Rwanda, se sentent menacés.

 Avec notre envoyée spéciale à Goma, Coralie Pierret

Dans un jardin discret, un homme est attablé à l’abri des regards. Il est Banyamulenge, une communauté pastorale aux lointaines origines Tutsi présente au Congo depuis plusieurs siècles, selon les historiens. Il affirme subir depuis la semaine dernière des attaques verbales en raison de son appartenance ethnique et de son apparence physique.

« J’avais peur de devoir sortir de la maison. On s’assure d’abord si la ville est calme. Si la ville n’est pas calme, on informe à tout le monde de ne pas quitter la maison. On est vraiment en insécurité, mais les autorités sont du côté de toute la population », explique cet homme qui témoigne anonymement au micro de RFI. 

Les tensions entre la RDC et le Rwanda ont ravivé des discours xénophobes contre des communautés rwandophones vivant sur le territoire congolais. Le week-end dernier, un bouvier « à la morphologie rwandaise » avait été pris à partie par une foule avant d’être lapidé dans la province du Maniema.

Ces derniers jours à Goma, les autorités locales et la société civile multiplient les appels au calme. « Au Nord-Kivu nous n’avons pas connu des conflits, des guerres ethniques. C’est une histoire qui s’est manifestée seulement lors de la marche du 15, nous sommes là pour demander à tout le monde de se calmer », déclare le colonel François Kebeya, maire de la ville de Goma. « Ceux qui vont se faire attraper avec des messages xénophobes, ils vont répondre à ces actes. » 

► À lire aussi : RDC: le président de la société civile du Maniema appelle au calme après les violences

Kinshasa atteint par la fièvre anti-rwandophones

Dans la capitale congolaise, des jeunes se revendiquant des mouvements du camp au pouvoir ont mené des patrouilles, machettes à la main, à la recherche des rwandophones dans un quartier populaire. Mardi 21 juin, le gouverneur de Kinshasa, Gentiny Ngobila, a annoncé que les forces de l’ordre avaient procédé aux arrestations de ces jeunes.

« J’ai demandé au service de sécurité de redoubler les efforts pour protéger les populations Tutsi ainsi que leurs biens. Nous sommes allés au-delà pour demander de mettre la main sur tous ceux qui ont proféré des discours xénophobes qui sont susceptibles d’entrainer la violence. La quasi-totalité de ces gens-là sont arrêtés déjà, sont entre les mains de la police », explique-t-il au micro de notre correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa.

« Nous avons pris la décision d’interdire le port des tenues à caractère militaire pour des civils. J’ai demandé à la police de redoubler de vigilance pour mettre la main sur tout celui qui osera donc faire des patrouilles et rechercher des populations Tutsi qui vivent paisiblement ici, dans la ville de Kinshasa. Nous continuons à sensibiliser des gens pour qu’ils comprennent. Kinshasa, c’est une ville très hospitalière, alors nous ne pouvons pas accepter que des inciviques viennent saper cette hospitalité légendaire qui nous caractérise », ajoute-t-il.

Au niveau national, le gouvernement continue d’accuser le Rwanda de soutenir le groupe rebelle du M23, tout en condamnant les menaces et les discriminations contre les Rwandais et les rwandophones congolais.

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