POLITIQUE

RDC : Vital Kamerhe pardonne et clame sa loyauté à Félix Tshisekedi  

C’était leur première rencontre officielle depuis plus de deux ans. Le chef de l’État et son ancien directeur de cabinet se sont longuement entretenus, mardi 28 juin, à la Cité de l’Union africaine.

29 juin 2022 à 14:22

Par Stanis Bujakera Tshiamala – à Kinshasa

Mis à jour le 29 juin 2022 à 14:51

Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, le mardi 28 juin 2022, à la Cité de l’Union africaine. © DR / Présidence RDC

Et il se sont donné l’accolade, comme si de rien était. Élégant costume sombre pour l’un, complet bleu ciel à carreaux pour l’autre, ils se sont embrassés, comme si ces deux dernières années n’étaient déjà plus qu’un mauvais souvenir. Pour leurs premières retrouvailles officielles, mardi 28 juin, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont échangé pendant près de trois heures à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa. Une séquence à la fois attendue et étonnante, qui signe le grand retour en politique de l’ancien directeur de cabinet, acquitté le 23 juin dernier.

« Gagner la guerre »

« Nous n’avons pas seulement évoqué les défis, nous avons évoqué la manière de les relever », a expliqué Vital Kamerhe au sortir de l’entretien. Les deux hommes ont notamment parlé de ces provinces de l’Est, dont le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) est originaire et que la résurgence de la rébellion du M23 a refait basculer dans la violence ces dernières semaines.À LIRERDC : discret mais soulagé, Vital Kamerhe savoure

« On ne peut pas gagner une guerre sans mettre de l’ordre dans l’armée, a ajouté Kamerhe, commentant la teneur de ses échanges avec le chef de l’État congolais. On ne peut pas gagner une guerre sans avoir des services de renseignements et de sécurité qui travaillent et qui sont proactifs. »

METTEZ-VOUS À LA PLACE DU PRÉSIDENT !

Ne tient-il pas le président pour responsable – ne serait-ce qu’en partie – de ses déboires judiciaires ? À cette question, il répond de manière indirecte, en racontant le conseil des ministres lors duquel son destin a été scellé, début 2020. « Ce jour-là, j’avais la malaria, commence-t-il. Le Premier ministre de l’époque [Sylvestre Ilunga Ilukamba] a dit que l’on avait payé 77 millions de dollars [pour le programme des « 100 jours »] au lieu de 7 millions. Mettez-vous à la place du président ! Il a sauté sur sa chaise et immédiatement demandé un audit. Mais le ministre de la Justice [Tunda Ya Kasende] a dit qu’il se saisissait du sujet et qu’il allait instruire le dossier. Comme je n’avais pas peur, je me suis rendu au parquet de Matete, sans savoir que c’était le chemin de la prison de Makala. Et me revoici aujourd’hui à la Cité de l’Union africaine. »À LIRERDC : chez les Tshisekedi, la politique en famille

Arrêté en avril 2020, jugé pour son rôle dans la gestion des fonds destinés au programme des « 100 jours », Vital Kamerhe a été condamné en première instance à vingt ans de prison et dix ans d’inéligibilité. Avec l’un de ses deux coaccusés, l’homme d’affaires libanais Samih Jammal, il avait été reconnu coupable du détournement de plus de 50 millions de dollars. En juin 2021, cette peine avait été réduite en appel à treize ans de réclusion, sentence finalement annulée par la Cour de cassation, ce qui avait permis la tenue d’un nouveau procès en appel.

LE MAÎTRE MOT AUJOURD’HUI, C’EST LE PARDON

« Ce premier procès était cynique, poursuit-il. Quand je clamais mon innocence, personne ne voulait me croire. Mais le président a respecté l’indépendance de la justice et j’ai beaucoup apprécié. Je savais que j’étais innocent et le temps m’a donné raison. Le maître mot aujourd’hui, c’est le pardon. »

Le patron de l’UNC, qui avait officié comme président de l’Assemblée nationale sous Joseph Kabila, a profité de la rencontre d’hier pour réaffirmer sa loyauté à Félix Tshisekedi et s’est dit prêt à renforcer le partenariat politique qui les lie (son parti est membre de l’Union sacrée et plusieurs de ses membres sont entrés au gouvernement). Se rêve-t-il Premier ministre maintenant que Kabila ne tient plus l’exécutif ? « Je me vois comme un citoyen prêt à servir son peuple », élude-t-il. Mais l’homme n’est pas sans ambition. Selon nos informations, il a déjà demandé la restructuration de l’Union sacrée, cette majorité hétéroclite et peu fiable sur laquelle il espère asseoir son contrôle. Félix Tshisekedi lui-même n’exclut pas de lui en confier les rênes.

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By Habari

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