RD Congo: la mondialisation de l’indifférence et la faim

Après le couple royal belge, le pape François devait rendre visite ce 2 juillet à la RD Congo et hisser le pays dans les gros titres de la presse internationale. Mais ce qui, une fois de plus, ne fera pas l’actualité, c’est la situation alimentaire désastreuse de millions de Congolais.

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Carte blanche -Par Victor Beaume, chargé de plaidoyer, Caritas InternationalPublié le 28/06/2022 à 11:48 Temps de lecture: 5 min

L’insécurité alimentaire mondiale explose, galvanisée par les retombées de la guerre en Ukraine et, avant celle-ci, du covid. Cet « ouragan de la faim » s’inscrit dans une réalité que le Pape dénonce depuis longtemps comme une « mondialisation de l’indifférence » – où les intérêts propres continuent de prévaloir au détriment de la solidarité (inter)nationale et des réponses structurelles.

En RD Congo, les prévisions pour 2022 estimaient à 25,9 millions le nombre de Congolais ayant besoin d’une aide alimentaire de crise, soit 10 millions de plus que dans la Corne de l’Afrique. Les récentes montées des prix alimentaires dans le pays, dues en partie à l’instabilité inattendue en Europe, suggèrent que ces chiffres seront bientôt revus à la hausse.

Vers une globalisation de la solidarité ?

Le dénouement de la guerre en l’Ukraine ne permettra pourtant pas de rompre avec les cycles d’insécurité alimentaire en RD Congo et dans le monde.À lire aussiCarte blanche: Notre sécurité alimentaire a la stabilité d’un château de cartes. Le G7 doit y remédier

Les causes sous-jacentes de la faim, symptômes de la mondialisation de l’indifférence, se jouent loin de Kiev et de Moscou : la pauvreté endémique, les systèmes alimentaires défaillants, mais aussi les réponses humanitaires, sous-financées et inadaptées, et même les cycles de violence, dévastateurs et négligés.

Du moyen au long terme, la transformation de nos systèmes alimentaires et la promotion de l’agriculture familiale durable, plus à même de nourrir la population mondiale et de résister aux chocs climatiques, politiques et économiques, doit être défendue comme une des prescriptions urgentes pour garantir la sécurité alimentaire mondiale, à commencer par celle des plus vulnérables.

Le paysage de la faim en RD Congo illustre par ailleurs que la faim dans le monde ne se vaincra pas uniquement par le biais de politiques agricoles durables, mais aussi par une aide humanitaire centrée sur la prévention et par des engagements soutenus pour la paix.

L’urgence de la faim

Derrière les données alimentaires en RD Congo, on retrouve des millions de destins : des ménages forcés de vendre toutes leurs possessions pour subvenir à leurs besoins, des enfants souffrant d’une malnutrition qui impactera leur développement, des communautés qui fuient les attaques des groupes armés.

L’aide humanitaire est essentielle pour sauver des vies par la distribution de vivres, d’aliments thérapeutiques ou des transferts d’argent. Mais le financement de l’aide souffre depuis plusieurs années de cette même mondialisation de l’indifférence. En RD Congo, les appels humanitaires consolidés par les Nations unies ont seulement été financés à 50 % ces cinq dernières années. Les victimes des crises négligées paient le prix des crises plus médiagéniques.

Néanmoins, la mobilisation de ressources n’est qu’une partie de la solution : traiter la réponse d’urgence comme l’approche par défaut, plutôt que comme une action temporaire, pousse les communautés dans une situation de dépendance dommageable à l’aide.

Des actions concertées doivent être menées afin de renforcer les capacités et de recentrer les responsabilités des acteurs nationaux et locaux qui ont la confiance des communautés. Il faut passer d’un système qui délaisse trop souvent des populations entières, à des réponses adaptées aux réalités locales, afin de prévenir plutôt que réagir face aux crises alimentaires.

Prévenir les conflits pour prévenir la faim

L’actualité de la faim dans le monde a notamment porté le projecteur sur l’impact grandissant du changement climatique, tel qu’au Sahel et dans la Corne de l’Afrique. Mais en RD Congo, comme ailleurs, les conflits violents restent les premiers vecteurs de la faim.À lire aussiEntre la RD Congo et le Rwanda, la tension monte dangereusement

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, l’a récemment souligné au Conseil de Sécurité : « lorsque ce Conseil débat des conflits, vous débattez de la faim ». À l’échelle mondiale, 60 % des personnes souffrant d’insécurité alimentaire vivent dans des régions confrontées à des conflits armés. C’est le cas au Sahel, au Soudan du Sud, mais aussi en RD Congo, où la moitié des personnes projetées d’être en situation de crise alimentaire vivent dans des provinces affectées par des violences, notamment à l’est du pays et dans les Kasaï.

Dans ces territoires, les cycles de violences anéantissent la sécurité alimentaire : les champs de manioc se muent en champs de bataille, les groupes armés dépouillent les paysans de leurs récoltes et les marchés deviennent déserts.

En finir avec les crises à répétition

Des communautés prennent la fuite à cause des affrontements et des exactions commises dans leurs villages. Les familles déplacées se retrouvent sans rien, souvent accueillies par d’autres ménages qui sont eux-mêmes en situation alimentaire précaire. Fin 2021, la RD Congo comptait plus de 5,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, le troisième chiffre le plus élevé au monde.

Ces cycles de faim causés par les armes durent depuis plus de 25 ans, sont marqués par le désintérêt et le laxisme des autorités et de la communauté internationale. La récente recrudescence des violences au Nord-Kivu et dans l’Ituri traduit les échecs de la diplomatie et du dialogue régional, incapables d’assurer la démobilisation des groupes armés et de mettre fin à l’impunité généralisée dont ils jouissent.

Ce nouvel épisode de crise alimentaire mondialisée appelle en retour un mouvement de solidarité qui ne laisse personne pour compte. Pour que les victimes de la faim, en RD Congo ou ailleurs, n’aient plus jamais à faire les gros titres.

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By Habari

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