RD Congo: le parc des Virunga sous le feu des rebelles du M23
Des tirs d’artillerie visent un nouveau barrage hydroélectrique en chantier. Article réservé aux abonnés


Journaliste au service MondePar Colette BraeckmanPublié le 17/08/2022 à 16:35 Temps de lecture: 3 min
Créé en 1930, le parc national des Virunga est le plus ancien d’Afrique et couvre une superficie de 7.800 km2, incluant les volcans de la chaîne des Virunga et le Mont Ruwenzori. Non seulement il représente un atout essentiel pour le tourisme en RDC, mais depuis dix ans, il contribue grandement à l’électrification de la région et de la ville de Goma elle-même. L’électricité produite par les centrales installées sur la rivière Rutshuru atteint aujourd’hui 42 mégawatts et fournit de l’emploi à 30.000 personnes dans de petites industries telles que des savonneries et des ateliers de menuiserie, mais aussi les écoles de la région (qui reçoivent gratuitement le courant destiné à leur fonctionnement).
Un nouveau barrage en construction à Rwanguba, pourrait augmenter encore la production et permettre d’atteindre un total de 100.000 emplois. Malheureusement, le parc des Virunga, ce joyau du tourisme congolais, est actuellement envahi par divers groupes rebelles et régulièrement menacé par des projets d’exploitation pétrolière.
Depuis quatre mois, le M23, ce mouvement rebelle, parti d’Ouganda et composé de soldats tutsis, s’est réfugié dans le parc, affrontant l’armée congolaise. Un récent rapport de l’ONU a confirmé ce que nul n’ignorait : Kigali soutient activement le M23. Celui-ci est doté d’armes antiaériennes et a été capable d’abattre en vol un drone de la Monusco qui documentait avec précision les appuis techniques et humains fournis par le Rwanda à ses alliés rebelles.
Tir d’artillerie lourde
L’attaque menée cette semaine sur le site du barrage de Rwanguba représente un pas en avant dans cette destruction d’infrastructures de développement. Le mardi 16 août, le chantier de construction de la nouvelle centrale électrique a été visé par des tirs d’artillerie lourde, entraînant l’explosion de deux obus au milieu du chantier et d’un complexe d’habitations réservées aux travailleurs, tandis que plusieurs villages des environs étaient également touchés.
D’après des témoins locaux, les tirs provenaient de positions occupées par le M23, sur des collines distantes de cinq kilomètres. Un témoin nous assure que « jusqu’à présent, nous avions vu passer les combattants du M23, entre autres dans les alentours du barrage de Matebe. Ils étaient disciplinés et ordonnés à l’instar de leurs protecteurs rwandais et ne menaçaient guère les locaux. L’attaque actuelle sur le site du nouveau barrage de Rwanguba pourrait représenter une nouvelle étape ».
Rappelons que cette escalade survient au moment où des troupes de la Communauté est-africaine (EAC) se déploient officiellement en RDC, dont des militaires kényans et ougandais, tandis que 600 soldats burundais ont été les premiers à s’installer dans la plaine de la Ruzizi.
Le Rwanda ayant été écarté de ce dispositif militaire, Kigali juge peut-être que le moment est venu d’actionner les supplétifs du M23 ? C’est jusqu’à présent en vain qu’Olivier Mushiete, directeur général de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), responsable de la gestion du parc en même temps que la Fondation Virunga, plaide en faveur des gardes et du personnel civil qui assurent la protection des gorilles de montagne et d’un écosystème unique au monde.