POLITIQUE
RDC : sous pression du Gafi, Kinshasa en opération déminage
Le Groupe d’action financière (Gafi), chargé de lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, menace de placer la RDC sur sa « liste noire ». L’administration de Félix Tshisekedi se démène pour éviter ce revers. Coulisses.
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12 octobre 2022 à 18:01
Par Jeune Afrique
Mis à jour le 12 octobre 2022 à 18:12

Alors que la plénière du Gafi doit se tenir à Paris, où se situe son siège, du 18 au 21 octobre, la RDC se trouve dans une situation bien inconfortable. Après de multiples mises en garde de l’organisation intergouvernementale depuis deux ans et le placement « sous observation » de la RDC en juin dernier, en raison de ses maigres résultats en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, la menace d’un placement du pays sur la liste des États « sous surveillance renforcée » se précise – une liste sur laquelle figurent, parmi les pays africains, le Burkina Faso, le Mali, le Maroc, le Sénégal, le Soudan du Sud et l’Ouganda.
Le 30 septembre, le patron de la Cellule nationale des renseignements financiers (Cenaref), Kisula Betika Yeye Adler, qui se rendra à Paris afin d’assister à la plénière du Gafi, a formellement alerté le ministre des Finances Nicolas Kazadi dans une note technique. Le magistrat, par ailleurs premier avocat général près la Cour de cassation à Kinshasa, y explique que la RDC, qui a adhéré au Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (Gabac) en septembre 2017, fait l’objet d’une attention particulière du Gafi depuis plus de deux ans.
Mesures à prendre d’ici à 2025
En octobre 2020, une évaluation du Gabac avait établi que les mécanismes existants de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme étaient « faibles » et « non conformes » aux standards du Gafi. Des recommandations avaient été formulées, mais leur mise en application semble pour le moment insuffisante, malgré la rédaction d’un projet de loi anti-blanchiment, en cours d’examen.
En conséquence, la plénière de Paris devrait consacrer l’inscription de la RDC sur la liste des pays « sous surveillance renforcée », un statut qui, selon la note technique, « l’engage à remédier pleinement aux lacunes identifiées » et à mettre en œuvre le plan d’action transmis par le Gafi fin septembre, lequel prévoit un certain nombre de mesures à instaurer d’ici à 2025.À LIRERDC : Jules Alingete et sa « patrouille » imperturbables face à la fronde
Ce statut, précise Kisula Betika Yeye Adler dans sa lettre au ministre des Finances, ne « constitue pas une sanction mais une contrainte ». Plusieurs autres pays en font l’objet. Il rapproche néanmoins la RDC d’un cran supplémentaire de la liste noire du Gafi, celle des « juridictions à hauts risques », sur laquelle ne figurent que l’Iran et la Corée du Nord, respectivement inscrits depuis 2009 et 2011.
« Déficiences stratégiques »
Signe que le Gafi a l’intention de maintenir la pression, son patron Raja Kumar a adressé un courrier à Nicolas Kazadi, le 5 octobre. Il y explique que « bien que la RDC ait fait des progrès vers l’amélioration de son efficacité dans plusieurs domaines, il reste des déficiences stratégiques qui nécessitent un suivi supplémentaire ». Le ministre a adressé sa réponse dès le lendemain, rappelant l’engagement du gouvernement à remédier aux défaillances relevées et à mettre en œuvre le plan d’action du Gafi.À LIRERecettes fiscales : la RDC peut faire (beaucoup) mieux
Consulté par Jeune Afrique, ce dernier prévoit toute une série de mesures à mettre en œuvre entre les mois de mai 2023 et mai 2025. Il s’agit par exemple de « doter les autorités de supervision des institutions financières des ressources financières et humaines adéquates » ; d’adopter, d’ici janvier 2024 « une stratégie nationale en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme » ; de « mettre en place des formations pour les futurs enquêteurs » ; ou encore, de « démontrer une mise en œuvre efficace des sanctions financières ciblées en matière de financement du terrorisme ».