RDC – Olivier Kamitatu : « La stigmatisation d’une communauté est intolérable »

Ancien président de l’Assemblée nationale devenu porte-parole de Moïse Katumbi, Olivier Kamitatu réagit à la brusque dégradation des relations entre Kinshasa et Kigali et au déploiement annoncé d’une force régionale, dont il doute qu’elle obtiendra des résultats.

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24 juin 2022 à 12:03

Par Marwane Ben Yahmed

Mis à jour le 24 juin 2022 à 12:03

Olivier Kamitatu lors d’une réunion des leaders de l’opposition en 2016, près de Bruxelles © THIERRY CHARLIER/AFP

Directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi, Olivier Kamitatu Etsu, 58 ans, épaule ce dernier depuis de nombreuses années. L’ancien président de l’Assemblée nationale de transition et ministre du Plan de Joseph Kabila a été, ces derniers mois, l’un des principaux artisans de la mise en place des structures d’Ensemble pour la République, le nouveau parti de l’ex-gouverneur du Katanga. Situation dans l’est de la RDC, M23, crise avec le Rwanda, élections prévues en 2023, candidature de Katumbi… Olivier Kamitatu a répondu aux questions de Jeune Afrique.À LIRERDC : Vital Kamerhe acquitté en appel

Jeune Afrique : Pourquoi Moïse Katumbi est-il aussi discret sur la reprise des hostilités entre l’armée congolaise et la rébellion du M23 ? 

Olivier Kamitatu : Il ne faut pas se laisser abuser par les contre-vérités véhiculées sur les réseaux sociaux. Aucun Congolais digne de ce nom ne peut rester indifférent ou muet au regard des attaques et atrocités récurrentes qui sèment désolation et destruction dans l’Est. Avec plus d’un million de followers, Moïse Katumbi utilise son compte twitter pour exprimer son opinion. Après la reprise des hostilités du M23, il a posté un message sans équivoque de soutien ferme aux éléments des FARDC [Forces armées de RDC] en les exhortant à se battre courageusement pour préserver l’intégrité du territoire national. Celle-ci n’est pas négociable, pas plus que la sécurité des Congolais et des Congolaises.

MOÏSE KATUMBI APPELLE AU MAINTIEN D’UN DIALOGUE FRANC, SINCÈRE ET DÉPASSIONNÉ ENTRE LES PAYS DE LA RÉGION

Que propose concrètement Moïse Katumbi pour ramener la paix ? 

Voilà bientôt trois décennies que la souffrance des populations de l’Est du Congo perdure. Pour Moïse Katumbi, il est plus qu’urgent que la paix y redevienne une réalité. Pour cela, il est indispensable d’instaurer un dialogue permanent, constructif et responsable, à la fois au niveau communautaire national et au niveau régional afin de donner véritablement sa chance à une paix durable et profitable à tous.

Bien entendu, parallèlement, il convient de tout mettre en œuvre pour restaurer l’autorité de l’État, qui doit garantir à tous les Congolais de pouvoir vivre sans crainte d’être massacrés, violés, rançonnés par des hommes armés. En 2019, lors de sa tournée dans l’Est, Moïse Katumbi avait été particulièrement touché par la détresse des déplacés contraints de trouver refuge dans un camp de fortune dans la périphérie de Bunia.À LIREChristophe Lutundula : « Le Rwanda veut une RDC faible et corvéable à merci »

Il avait écrit au président Tshisekedi pour lui demander de doter l’armée, la police et les services de sécurité de moyens financiers conséquents afin de leur permettre de mettre hors d’état de nuire les groupes armés et d’assurer l’ordre public. Il avait proposé qu’une enveloppe de 100 millions de dollars soit allouée à la paix dans l’Est. Que peut-on attendre d’un militaire qui touche péniblement une solde de 100 dollars quand, à Kinshasa, les responsables d’institutions perçoivent une dizaine de milliers de dollars par mois aux frais de la République ? Ceux qui risquent leurs vies au front doivent être encouragés, et pas seulement par des paroles, des prières ou des slogans.

Le gouvernement congolais accuse le Rwanda de soutenir le M23. Partagez-vous cette analyse ?

Moïse Katumbi appelle au maintien d’un dialogue franc, sincère et dépassionné entre les pays de la région. Il est urgent que tous les groupes armés soient réduits au silence au plus vite, et que les accusations réciproques cèdent le pas au profit d’une relation apaisée et responsable en vue de la restauration de la confiance mutuelle.

Il faut encourager les chefs d’État à maintenir et renforcer la confiance entre eux et à échanger les informations dont disposent leurs services d’intelligence respectifs. Répondre aux préoccupations réciproques, tant sur le plan sécuritaire qu’économique, constitue le meilleur moyen d’apaiser les tensions et de rapprocher nos peuples.

DEPUIS VINGT ANS, DES TROUPES ÉTRANGÈRES SONT RÉGULIÈREMENT DÉPLOYÉES SUR NOTRE TERRITOIRE. SANS AUCUN RÉSULTAT !

Que pensez-vous du déploiement d’une force régionale pour venir en aide au FARDC ?

Quand votre maison est sens dessus dessous, il est inutile d’appeler vos voisins pour venir y mettre de l’ordre à votre place. Surtout si vous suspectez l’un ou l’autre de vouloir vous dérober votre argenterie. Il appartient au gouvernement de prendre conscience de sa responsabilité et de veiller à ce que les ressources allouées à la paix et à la sécurité dans l’Est ne soient pas détournées.À LIRERDC : force régionale, M23… Les coulisses du huis clos tendu de Nairobi

Les officiers congolais sont des professionnels et ne sont pas moins compétents que ceux des autres armées. Depuis vingt ans, des troupes étrangères sont régulièrement déployées sur notre territoire. Sans aucun résultat ! Si nous vivons la situation actuelle, c’est en réalité à cause de la cupidité et aux multiples trahisons de ceux qui assument la gestion des ressources de notre armée. D’ailleurs, le président Tshisekedi n’a pas manqué de le dénoncer à plusieurs reprises. Nos militaires doivent être encadrés, nourris et soignés pour faire le travail que le peuple congolais attend d’eux. Nous leur faisons confiance, plus qu’à n’importe quelle autre armée.

Les tensions entre la RDC et le Rwanda ont provoqué une reprise des violences ethniques orientées contre les Tutsi vivant en RDC. Comment mettre un terme à ce fléau ?

Il faut dénoncer de la manière la plus ferme possible les appels à la haine. La stigmatisation d’une communauté est odieuse et intolérable. C’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle nous nous sommes élevés contre la « congolité » et tous ceux qui croient qu’il faut exclure une partie des Congolais sous prétexte que la loyauté à la nation tiendrait à la couleur de la peau ou aux traits du visage.  Ceux qui versent dans la xénophobie, dans les discours de haine et de division doivent être poursuivis, arrêtés, traduits en justice et emprisonnés. Les sanctions doivent être exemplaires.À LIRERDC-Rwanda : « Kigali sert de bouc émissaire », selon Vincent Biruta

Mais il faut également dénoncer ceux qui manipulent et instrumentalisent depuis leurs salons les extrémistes et les esprits faibles. L’histoire nous enseigne qu’on ne bâtit pas une nation sur la haine et l’exclusion. À ce titre, les efforts déployés par l’archevêque de Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba, pour promouvoir le « vivre-ensemble » sont à saluer et à étendre à tout le pays.

SI ON VOULAIT METTRE EN PLACE LES CONDITIONS D’UNE NOUVELLE FRAUDE ÉLECTORALE MASSIVE, ON NE S’Y PRENDRAIT PAS AUTREMENT

Le Parlement vient d’adopter la loi électorale et les échéances se précisent. Que pensez-vous de ce texte ? 

Dans tout ce qui a trait à l’organisation des prochaines élections, il règne un très mauvais climat caractérisé par un manque permanent de consensus. Qu’il s’agisse de la désignation des membres de la Cour constitutionnelle ou de la Commission électorale nationale indépendante [Ceni], tout est concocté par un seul groupe politique qui, pour servir ses ambitions, organise la prise en otage du processus. La loi électorale ne déroge pas à la règle.

Parmi toutes les dispositions contestables de ce texte, outre les questions de transparence, de traçabilité des résultats et de sanctions qui ne sont pas du tout réglées, il y a la liberté laissée par les députés et les sénateurs à la Ceni d’imposer le vote électronique, sans aucune obligation de publier immédiatement les résultats bureau de vote par bureau de vote. Si on voulait mettre en place les conditions d’une nouvelle fraude électorale massive, on ne s’y prendrait pas autrement…. Les Congolais ne vont pas confier leur destin à une poignée d’informaticiens à la solde de quelques politiciens sans réelle assise électorale. Le vote doit être transparent, crédible et inclusif.

Que fera votre formation Ensemble si le délai constitutionnel fixé à fin 2023 n’est pas respecté ? 

Le respect de la Constitution nous oblige tous. Dans un récent passé, nous nous sommes levés comme un seul homme pour cela. Certains l’ont payé de leur vie. Ce serait un comble qu’aujourd’hui nous bafouions leur mémoire à la seule fin de rester au pouvoir. Aucun prétexte ne peut servir d’alibi à ceux qui voudraient ignorer que le mandat ne peut excéder cinq années. Je doute que certains veuillent aller au-delà des délais fixés par la Constitution. Dans le cas contraire, ils nous trouveront sur leur route.

Quid de la candidature de Moïse Katumbi à l’élection présidentielle ? 

Nous sommes en train de structurer notre parti. Dans quelques mois, nous organiserons un congrès pour examiner les candidatures de ceux qui veulent concourir aux prochaines élections, voire pour susciter celle de celui qui ne le demande pas.

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